Commençons par une image noire.

photo noir

Sans la lumière, les couleurs sont invisibles. Si comme entrée en matière, cela peut vous paraître stupide, cela devrait prendre plus de sens par la suite.

En effet, quand vous observez une scène, vous ne vous interrogez pas sur le type et la qualité de l’éclairage. Vous vous contentez de penser que vous voyez telle ou telle couleur, plus ou moins intense.

À aucun moment, il ne vous viendra à l’esprit le fait qu’il y a en réalité un schéma derrière cette scène et qu’une logique régit ses couleurs. La complexité de la scène va prendre le dessus dans votre cerveau.

On pense alors que chaque schéma coloré est unique, ce qui est en partie vrai. Pourtant, avec l’aide de la logique et des connaissances, on serait tout à fait capable de reproduire cette ambiance.

Mais avant cela, il faut se concentrer sur la lumière et les valeurs, passage obligatoire.

Avec un décor comme ci-dessus, on peut se demander comment on y est arrivé en partant du noir. Évidemment, certains vont se dire que cela vient du soleil.

Mais pas seulement. Il y a aussi le ciel, qui est une source secondaire de lumière grâce au soleil et à l’atmosphère. Cette dernière (comme les nuages) fait office de filtre: elle diffuse la lumière sur la terre et y module les ombres. Ainsi, la lumière sera plus ou moins diffuse selon les conditions lumineuses et selon l’heure de la journée.

Ce que je peux vous dire sur la lumière du soleil de midi ou sur celle diffusée par les nuages, c’est qu’il s’agit en gros d’une lumière blanche. Partons de ce principe de neutralité de la lumière.

Plus on avance dans la journée et plus on tend vers le jaune puis l’orange et enfin, vers le rouge au moment où le soleil se couche. Cela va aussi définir la couleur de la plupart des objets ou du ciel étant donné la puissance de la lumière du soleil.

En gros, la couleur perçue dépend fondamentalement de trois choses :

  • La couleur locale.
  • La couleur de la lumière.
  • Le complexe œil-cerveau.

Pour la lumière blanche, c’est relativement simple. Elle contient la majorité des ondes électromagnétiques donc des couleurs finalement.

Les scientifiques s’en sont aperçus grâce à un prisme.

prisme

Les autres, comme nous les artistes, peuvent s’en rendre compte grâce à la diffraction de la lumière dans les gouttes d’eau, cette cascade en est un bon exemple. On peut voir un arc-en-ciel complet avec toutes ses couleurs.

Ainsi, on constate que la lumière blanche transmet toutes les longueurs d’onde de la lumière, concernant les couleurs locales, la lumière blanche va révéler leur vraie nature.

Voici maintenant Audrey. Si vous avez suivi ma formation portrait, vous l’avez déjà vue.

Si je vous présente cette photo, c’est pour vous montrer qu’en une image on peut résumer la théorie des couleurs. Il faut comprendre qu’une surface blanche va refléter presque toute la lumière qui lui arrive dessus.

La photo a été prise en fin de journée, le soleil est orangé. On retrouve ce signal orangé sur le pull blanc au niveau du bas de l’avant-bras droit. À l’inverse, le signal bleuâtre du ciel est situé au niveau du bras gauche.

D’autres reflets sont également visibles au niveau du col, sûrement générés par la peau d’Audrey.

Le pull blanc va vraiment être ici notre surface de référence pour savoir quelle est la couleur de la lumière reçue par la surface. Toute surface blanche renvoie la lumière qu’elle reçoit sans trop la dénaturer.

La peau, par contre, reflète la lumière différemment. Ainsi, chaque surface (mate ou réflective) dispose de ses propres propriétés, Mais pour le moment, considérons uniquement les surfaces mates. La peau est ici légèrement transparente, mais voyons-la aussi comme mate. La peau renvoie une lumière orangée, car elle est elle même orangée et dispose de beaucoup de capillaires sanguins. Cela sature la couleur.

Cette couleur de peau est néanmoins faussée. Reprenons notre modèle Audrey sous une autre lumière.

Il s’agit ici de la lumière d’un ciel nuageux. Ce dernier génère des ombres très diffuses, d’ailleurs, on peut voir que cette photo est très peu ombrée.

Revenons sur la peau d’Audrey et sa couleur locale, on constate une différence, ici, c’est sa couleur de peau naturelle, si vous avez l’occasion de voir des surfaces sous différentes sources de lumière, faites-vous plaisir en réalisant des expériences. Avec un temps changeant par exemple, prenez plusieurs photos et vous verrez l’évolution des couleurs.

On retrouve notre surface de calibration qui est son t-shirt. On voit toutes les couleurs qui sont absorbées. Ces dernières seront plutôt bleuâtres et grisâtres à cause du ciel gris et de l’environnement peu coloré, à partir du moment où les couleurs locales ne sont pas intenses, le reste sera également terne.

1- Comment la lumière et la couleur locale se mélangent-elles visuellement ?

Prenons une ampoule blanche qui projette la lumière dans tous les sens.

La flèche blanche symbolise un seul rayon lumineux issu de la génération de lumière de cette ampoule. Décomposons alors ce rayon en tous les signaux de couleurs qui existent.

Tous ces signaux se mélangent pour former notre signal blanc à l’œil nu, ajoutons une surface (peu importe sa couleur).

Procédons maintenant par élimination, cette surface rouge orangé va absorber beaucoup plus facilement tous les faisceaux lumineux qui ne lui ressemblent pas. Cela veut dire que tous les faisceaux similaires à la surface vont être reflétés (ici le rayon orange) de manière diffuse.

Cette réflexion diffuse se produit dans tous les sens. Ainsi en tournant autour d’une surface mate, on pourrait voir la même couleur, avec une variation identique de lumière.

2- Jouons maintenant avec les différentes couleurs de lumières et de surface :

Si au néant total on ajoute un peu de lumière, des premières formes commencent à apparaître comme cette sphère par exemple.

La lumière est ici diffuse, car elle va sur l’objet de façon très peu contrastée. On va voir apparaître une sorte d’ombre d’occlusion, comme si l’on avait utilisé une lumière blanche d’une très faible intensité venant du haut.

Augmentons l’intensité de cette lumière diffuse (une lumière très large par rapport à l’objet), mais sans couleur. Restons, en effet, focalisés sur les valeurs avec une lumière blanche sur des surfaces grises.

Maintenant, on va y additionner une lumière directionnelle.

On se donne ensuite une surface de calibration pour y introduire les couleurs, la plus adéquate étant la surface blanche. Celle-ci nous permet de voir les vraies couleurs de la lumière.

Si l’on devait maintenant transformer la couleur de cette sphère en rouge, sous une lumière blanche, voici ce que cela donnerait.

Si je vous avais demandé de dessiner une sphère comme celle-ci sans référence, il y a fort à parier que beaucoup d’entre vous auraient représenté le haut de la sphère de manière plus blanchâtre comme ci-dessous.

Rappelez-vous que la lumière blanche contient toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Si l’objet est rouge comme ici, il va absorber tous les signaux lumineux colorés qui sont différents de lui et va renvoyer ceux qui lui ressemblent, la lumière blanche lui ressemble, car elle contient toutes les couleurs. L’objet va en réalité filtrer les différents signaux colorés et les transformer en chaleur. Toutes les teintes rouges seront renvoyées vers l’observateur.

Cette dernière représentation n’est pas si fausse que ça. Il aurait juste fallu que l’œil humain soit différent ou que la surface soit plus réflective éventuellement, ainsi, sur une surface mate, la lumière n’a pas l’avantage sur l’objet.

Voyons cette fois-ci le même objet éclairé par une source de lumière jaune.

Au niveau de la source de calibration (notre surface blanche à l’origine), quasiment toute l’information jaune va être renvoyée, si l’on compare les deux situations, on remarque une perte de lumière sur l’objet.

La lumière jaune n’est pas tout à fait rouge ni orange.

Pour passer du rouge à l’orange et de l’orange au jaune, on est obligé de passer par des variations de teintes, si l’objet n’est pas de la même couleur que la lumière, il y aura une variation dans les valeurs. Et là, l’objet va s’assombrir automatiquement.

Plus on s’oriente vers une couleur complètement opposée (ici du bleu par exemple) et plus l’objet va perdre de la lumière. Il ne pourra pas renvoyer les signaux rouges.

Dans cette lumière jaune, il y a bien du signal rouge, mais beaucoup moins que dans la lumière blanche, donc la vraie couleur de l’objet ici, ce n’est plus sa couleur locale. On obtient une couleur plus orangée et plus rouge.

Alors, à chaque fois que l’on change la couleur de la lumière, cela va modifier la valeur de l’objet et sa teinte, si vous surexposez tous vos objets systématiquement, la couleur locale de ces derniers ne sera plus visible, par conséquent votre peinture ne sera plus du tout réaliste.

3- Mélange lumière et surface de couleurs complémentaires :

Le vert et le rouge sont opposés sur la roue chromatique. Ces couleurs sont complémentaires, si l’on reprend notre précédente sphère rouge, l’opposé sera un bleu vert.

Ainsi, si l’on applique la lumière opposée ou assimilée, on va se rendre compte de la vraie couleur de la lumière grâce à notre surface blanche de calibrage. On va également voir encore une fois que l’objet va perdre énormément de luminosité.

Encore une fois, cela est lié au fait que l’objet est rouge et qu’il va renvoyer en priorité la lumière rouge. Et donc vous l’aurez compris, dans la lumière verte, le faisceau rouge est peu présent, voire pas du tout.

L’objet est donc incapable de renvoyer de la lumière et il apparaîtra gris, voire noir et peu saturé.

Bien que cela semble étrange, je peux vous assurer que dans la nature ou dans les peintures des grands maîtres, c’est comme cela que ça se passe, si ces derniers n’avaient pas de lumière verte dans le ciel ou autres couleurs artificielles, ils utilisaient souvent des lumières bleuâtres, blanches, orangées, jaunes ou rosâtres, rarement autre chose. Leurs lumières étaient tamisées et assez subtiles, mais jamais fortes ou saturées.

Évidemment, notre dernier cas avec la lumière verte est assez spécial, mais je vous l’ai proposé dans le but de vous expliquer aux mieux la théorie des couleurs, dans l’hypothèse où vous disposeriez d’une pièce bien noire (comme un garage), vous pouvez vous amuser avec des ampoules de différentes couleurs.

En envoyant une deuxième source de lumière vers les parties sombres, bien évidemment, cela va les éclaircir, mais il y aura également une saturation de couleurs, si par contre, on envoie de la lumière jaune, la sphère va vraiment s’éclaircir (le jaune étant plus proche du rouge sur la roue chromatique).