Une erreur souvent commise est de tomber dans la symbolique du type « l’herbe est verte, le ciel est bleu, le soleil est jaune », mais comme on a pu le constater, les couleurs d’ambiance jouent beaucoup sur le résultat final. En tant qu’artiste, on se doit de capter, de rajouter de la richesse à ces couleurs (tout en comprenant ce que l’on fait évidemment).

Cela impose de savoir contrôler les couleurs sur notre palette, car sinon, on va trop vouloir en rajouter et cela jusqu’à utiliser l’ensemble du cercle chromatique. Sans compter la tentation de contraster au maximum avec les noirs et les blancs.

Sachez que si vous regardez vos images préférées (photos ou peintures), vous allez vous rendre compte que rares sont les noirs et les blancs purs (y compris sur les très anciennes peintures qui semblent plus sombres qu’elles ne le sont vraiment, à cause des couleurs qui se ternissent avec le temps, plus l’effet jaunissant des vernis), prenons le cas d’une création de John Singer Sargent.

Si vous connaissez le modèle original, vous vous rendez compte que j’ai complètement changé les couleurs par rapport à ce dernier.

 

Mauvaise habitude en photographie 1

Même si mon travail est recevable, il ne reflète pas la vision de John Singer Sargent qui doit être celle ci-dessous, en effet, il s’agit d’une reproduction et on ne connaît jamais très bien les modalités entre la vieillesse de l’illustration et les différentes reproductions disponibles ici et là, néanmoins, je pense qu’elle est assez fidèle.

Mauvaise habitude en photographie 2

Les nuages sont relativement jaunâtres voire orangés, en ce qui concerne l’arbre au premier plan à droite, on a l’impression de voir du bleu sous les branches de gauche, si je vérifie avec Photoshop, je constate qu’il s’agit en réalité de gris-orangé. Et plus on se déplace sur la gauche, plus cela va être saturé. Il y a un shift de couleur qui se produit dans nos cerveaux.

Ce gris-orangé est bien plus froid que les nuages et la section de gauche, cette illusion est accentuée par la présence de bleu au milieu de l’arbre, entre les branches. Il n’y a pas de dégradé de bleu, mais juste un gris coloré.

Cela démontre l’importance des gris colorés pour asseoir une illustration. C’est d’ailleurs grâce à eux que la plupart des illustrations que l’on peut voir ici fonctionnent, si je devais barbouiller cette œuvre avec quelque chose de plus saturé, les couleurs n’auraient plus rien à voir et ne seraient plus harmonieuses du tout.

Mauvaise habitude en photographie 3

Pour l’ensemble du ciel, John Singer Sargent a utilisé non seulement des gris colorés, mais aussi une palette de couleur restreinte. Il n’est pas trop allé dans les bleus en se limitant à des bleus purs qui n’avoisinent même pas les 20 % de saturation.

Ce n’est pas en contrastant fortement les valeurs et les couleurs que vous allez produire une œuvre plus marquante, vous pouvez avoir une illustration avec une très belle ambiance et qui déborde d’émotion juste en utilisant des couleurs tamisées, pas trop fortes et des contrastes mesurés.

Dans la version qui vient, on peut voir les couleurs sans les valeurs. Les variations des couleurs, des familles de teintes sur l’illustration sont alors visibles, toute la partie gauche du cercle chromatique va être utilisée et très peu celle de droite (bleu). On reste avec des jaunes-orangés, des gris colorés y compris pour l’herbe.

Donc ne croyez pas que vous allez devoir utiliser à chaque fois l’ensemble du cercle chromatique, c’est tout le contraire.

Mauvaise habitude en photographie 4